Pourquoi notre rédaction se met en retrait en période pré-électorale

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" Je vais parler pour ne rien dire. "

Derrière la pirouette empruntée à Raymond Devos, ce discours de vœux résume à lui seul l'étrange climat qui s'installe à l'approche des élections. Entre devoir de réserve des élus et frontière ténue entre information et communication politique, les cérémonies de vœux deviennent un exercice d'équilibriste. C'est dans ce contexte particulier que notre rédaction a fait un choix assumé : ne pas envoyer ses journalistes et correspondant(e)s couvrir les vœux des mairies (hormis nos villes centres). Une décision guidée par la volonté de garantir une information équitable, indépendante et à distance de toute mise en scène pré-électorale, même lorsque celle-ci se pare des habits modestes des " petits riens ".

Voici le texte de Nathalie Schmitt élue locale qui résume bien notre pensée du moment :

"Mesdames, Messieurs,

Quand on devient élu, on apprend à parler en public. C'est une tradition, un exercice difficile... Personnellement, j'aime toujours m'adresser à vous à l'occasion de ces cérémonies de vœux. Et j'apprécie tout autant de pouvoir échanger ensuite avec vous, autour du buffet qui nous attend ! Mais cette année est un peu particulière.

En période pré-électorale, les élus doivent respecter un devoir de réserve. Autrement dit : même si nous continuons à agir, à servir, à travailler pour vous et pour le territoire, nous n'avons pas le droit de mettre nos actions en avant.

Ce devoir existe afin que les décisions publiques ne soient pas confondues avec les campagnes politiques, et c'est très bien ainsi.

Mais reconnaissez que cela complique un peu les choses, quand on veut prendre la parole... sans pouvoir tout dire !

Alors, pour éviter tout dérapage, j'ai choisi la solution la plus prudente : je vais parler pour ne rien dire. Je vous rassure : cette phrase n'est pas de moi. Elle est du grand Raymond Devos ! Cet humoriste, disparu il y a bientôt 20 ans, était un véritable magicien des mots. Il savait faire rire en jouant avec l'absurde et la logique, souvent pour mieux parler de nous.

Il disait aussi : " Rien, c'est déjà quelque chose ! La preuve, c'est qu'on peut le multiplier... Et 3 fois rien, c'est déjà pas mal ! ". Et il avait raison. Parce que dans la " vraie vie ", comme dans la vie publique, ce sont souvent les petits riens qui font tout.

Ce n'est pas dans les grandes phrases qu'on trouve la chaleur humaine. C'est dans les détails, les gestes discrets, les attentions simples : un sourire au bon moment, un voisin qui donne un coup de main, un bénévole qui arrive toujours le premier et repart le dernier, une infirmière qui prend quelques minutes de plus, un commerçant qui offre un café, un artisan qui revient peaufiner un travail sans compter, un enseignant qui éveille la curiosité de ses élèves... Tous ces petits "riens" qui, mis bout à bout, constituent tout ce qui compte : le lien invisible, mais si solide, qui fait tenir une famille, une équipe, une commune, un territoire. Les grands projets, c'est bien. Mais sans ces petits gestes-là, les projets les plus ambitieux n'ont pas beaucoup de sens. Dans les associations, ces " petits riens " prennent la forme d'un coup de main, d'un gâteau partagé, d'une demi-journée, ou même d'une heure donnée sans compter. Dans les entreprises, c'est la confiance, la reconnaissance, la bonne humeur au quotidien. Chez les soignants, c'est ce mot d'encouragement au détour d'un couloir. Et dans une commune, c'est tout cela à la fois : une somme de petits gestes, souvent invisibles, qui forment, ensemble, toute la valeur et toute la force du " vivre ensemble ", et, encore plus important, du " faire ensemble ".

Et oui, Raymond Devos avait raison : " rien " n'est jamais tout à fait rien !

Parce que derrière chaque petit rien, il y a quelqu'un : quelqu'un qui agit, qui s'engage, qui prend du temps pour les autres. Quelqu'un qui, sans faire de bruit, contribue à rendre notre société plus belle, et à la faire tenir debout.

Alors oui, ce soir : " je parle pour ne rien dire ". Mais ce " rien là " veut dire beaucoup. Il veut dire MERCI ! Merci à vous, qui, chacune et chacun, à votre niveau et à votre manière, donnez un peu de vous-même. Merci aux élus, aux agents, aux pompiers, aux forces de l'ordre, aux bénévoles, aux soignants, aux enseignants, aux entrepreneurs, aux commerçants, aux parents, aux voisins, aux retraités... Merci pour tout ce que vous faites, souvent sans le dire.

Alors, pour ne rien dire, mais en le disant, je vous souhaite, pour 2026 : Beaucoup de ces " petits riens " qui réchauffent le cœur.

Et pour conclure, avec l'aide de Raymond Devos : "Trois fois rien, c'est déjà beaucoup... surtout quand on le partage."

Belle année à toutes et à tous !"

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