Colère des paysans : l’accès au dépôt pétrolier d’Albens toujours bloqué ce mercredi matin
Jeudi 8 janvier, suite à l'appel à mobilisation de la Confédération paysanne de Savoie et Haute-Savoie, aux côtés de la Coordination rurale, le dépôt pétrolier d'Albens a été bloqué "pour une durée indéterminée". Plusieurs dizaines de militants étaient à pied d'œuvre pour installer un véritable camp de base malgré la neige et le froid glacial. Le lundi 12 janvier matin, face à la "menace" de la préfecture de les déloger rapidement depuis le samedi, le syndicat agricole a organisé une conférence de presse, pour faire le point sur ses revendications et appeler à amplifier le mouvement. Retour sur cinq jours de mobilisation et de blocage.
"On ne se laissera pas abattre !"
Le rendez-vous était donné au rond-point du péage d'Alby-sur-Chéran, là-même où trois semaines plus tôt, la Confédération paysanne et la Coordination rurale s'étaient réunies pour exprimer leur colère et leur désarroi concernant la gestion de la Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC) et les perspectives liées au Mercosur. La veille, avec pour slogan "contre les politiques sanitaires inhumaines et pour sortir du libre-échange, on ne se laissera pas abattre !", le blocage d'une base logistique de l'Albanais avait été annoncé, laissant planer le mystère sur le lieu choisi. Après l'arrivée de tracteurs, sous les yeux des gendarmes venus encadrer le rassemblement avec la mobilisation d'un véhicule devant l'entrée de CSD, plateforme de distribution de produits frais située à proximité (le 18 décembre, les organisations syndicales et leurs sympathisants avaient franchi les barrières du péage à pied malgré le refus des forces de l'ordre qui n'avaient toujours pas reçu l'accord de la préfecture puis tenté de bloquer l'accès à CSD), c'est finalement vers un autre site que les paysans se sont dirigés... Le dépôt pétrolier d'Albens, "emplacement symbolique" selon les porte-paroles de la Confédération paysanne. A leurs côtés dès le premier jour de mobilisation, la députée (LFI) de la 3e circonscription de la Haute-Vienne Manon Meunier, la conseillère régionale (Les Ecologistes) Fabienne Grébert ou encore des représentants de Sabaudia-Mouvement Région Savoie.
"Toutes les crises sanitaires ne pourront pas être gérées de cette manière"
Lors de la conférence de presse du 12 janvier, où la menace d'une évacuation forcée planait plus fortement avec notamment l'arrivée de plusieurs véhicules de gendarmes, les paysans ont confirmé être "plus déterminés que jamais" et "vouloir résister jusqu'au bout" : "Nous ne lâcherons rien tant qu'aucune action concrète n'est engagée par l'Etat !". Selon Thierry Bonnamour, porte-parole du syndicat agricole, "ça fait six mois que la Confédération Paysanne porte des revendications au niveau national : l'arrêt des abattages totaux dès le 1er cas positif, une vaccination élargie et la déclassification de la maladie au niveau européen puisque le protocole mis en place l'été dernier est lié aux réglementations européennes qui imposent l'éradication de la maladie? On met en doute le fait que cette maladie puisse réellement être éradiquée et on sait qu'il va y avoir de nombreuses autres maladies qui vont arriver, des maladies émergentes liées au changement climatique. Donc toutes les crises sanitaires ne pourront pas être gérées de cette manière".
"Non ça ne s'est pas bien passé, Mme Genevard, et c'est toujours très difficile"
A ce jour, partout en France, plus de 4000 bovins ont été abattus. "En Ariège on a vu l'État déployer un dispositif quasi militaire, comme en état de guerre, pour aller tuer 200 bovins" s'indigne Manuel Arandal, membre de la Confédération paysanne. "La ministre de l'Agriculture aurait pu se déplacer pour discuter avec les agriculteurs. Il ne faut pas venir une fois que le troupeau a été abattu, il faut venir assister aux euthanasies, il faut venir voir les bêtes agoniser dans les fermes, les grands-parents et les enfants pleurer. C'est ça la réalité du terrain, le travail des ancêtres, de la génétique. Un troupeau, ça ne se fait pas en 2 minutes, ça ne se fait pas en 2 ans. On y travaille depuis des générations". L'émotion, teintée de tristesse et de colère, gagne le paysan: "On l'entend se vanter que dans les Savoie, tout s'est admirablement bien passé. Non ça ne s'est pas bien passé Mme Genevard, et c'est toujours très difficile pour tous ces agriculteurs qui ont subi un choc psychologique énorme. On aimerait vous voir un petit peu plus sur les fermes, plutôt que dans les préfectures, deux semaines après que les abattages ont eu lieu. Et la maladie, on voit qu'elle a toujours un coup d'avance sur nous, puisque de nouveaux cas se déclarent toujours et qu'elle se propage un petit peu partout. On sait bien que leur volonté c'est de préserver les échanges, le commerce, mais les vaches elles ont toutes un nom, il y a du vivant derrière, il y a des sentiments".
"Il est hors de question qu'en 2026, on revive la même chose qu'en 2025"
Jérôme Déthes, membre de la Confédération paysanne élu à la Chambre d'agriculture Savoie Mont Blanc évoque "les craintes sur ce qui va se passer au printemps quand les insectes vecteurs vont devenir actifs" avant d'ajouter :"Il est hors de question qu'en 2026, on revive la même chose qu'en 2025. Et pour ça, l'État a besoin d'anticiper sauf qu'on n'a aucune réponse du ministère de l'Agriculture. Est-ce que les animaux vont être vaccinés au printemps ? C'est maintenant qu'il faut le faire. Comment vont gérer les mouvements, les remontées en alpage ?".
"On résistera la tête haute, pacifiquement, mais jusqu'au bout"
"Si on se fait déloger, c'est le ministère d'Intérieur qui intervient, mais ce qu'on veut ce sont des réponses du ministère de l'Agriculture. On tiendra le plus longtemps possible, on est déterminés, on a des familles, on a des citoyens qui nous aident pour tenir, et on résistera la tête haute, pacifiquement, mais jusqu'au bout. La violence elle viendra de l'Etat et de la préfecture mais elle ne viendra pas de nous" assurent haut et fort les représentants syndicaux.
Mardi, le blocage était toujours en place. Selon nos dernières informations, ce mercredi en fin de matinée, les militants ont reçu la visite des gendarmes, "plus nombreux de d'habitude", qui les ont menacés de les verbaliser à hauteur de "640 euros par tracteur". Les paysans appellent au soutien : "Venez nous rejoindre, le blocage continue, on ne se laisse pas intimider". Un appel à mobilisation devant la gendarmerie d'Aix-les-Bains a également été lancé sur la page Facebook de Confédération paysanne de Haute-Savoie pour "soutenir les paysans convoqués".









