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Loïc Hervé :  » La Haute-Savoie est en surchauffe « 

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Loïc Hervé (à droite) et Joël Mugnier.

Loïc Hervé (à droite) et Joël Mugnier. - Photo : Ducret Stéphane

Après 12 années au Palais du Luxembourg, Loïc Hervé repart au combat pour un troisième mandat de sénateur et revendique son expérience, mais surtout son ancrage local.

À ses côtés, Joël Mugnier, maire de Thusy, incarne cette volonté de garder un pied dans les petites communes. Pouvoir d'achat, mobilités, frontaliers, gens du voyage, avenir de Rumilly et de l'Albanais : le sénateur dresse le portrait d'une Haute-Savoie attractive, mais qui commence à étouffer.

Douze ans. La durée pourrait donner prise à la question de trop : pourquoi encore six années supplémentaires ? Loïc Hervé ne l'esquive pas. Mais lorsqu'on lui demande pourquoi il estime être encore utile au Sénat, il commence moins par parler de lui que de l'institution. Dans une France sans majorité claire à l'Assemblée nationale et traversée par l'instabilité politique, le sénateur haut-savoyard voit le Palais du Luxembourg comme un point d'équilibre. " Le Sénat joue un rôle institutionnel absolument majeur ", défend-il. Une chambre qu'il présente aussi comme le gardien des collectivités locales, " le cœur battant de la démocratie ". Loïc Hervé connaît désormais parfaitement la maison. Sénateur depuis 2014, il en est devenu vice-président il y a trois ans. Une fonction qui aurait pu l'éloigner progressivement du quotidien des communes. C'est justement là qu'il veut rassurer.

" Le terrain est une nourriture essentielle "

Loïc Hervé vit toujours dans la vallée de l'Arve. Et il insiste : Paris ne doit jamais prendre le dessus sur le département. " Je n'oppose jamais la présence à Paris, en commission ou en séance, avec la présence sur le terrain. " Il assure visiter au moins une entreprise chaque semaine, rencontrer élus, responsables associatifs, entrepreneurs ou habitants. Plus qu'une obligation de mandat, il décrit ces rendez-vous comme le carburant de son travail parlementaire. " La présence sur le terrain, c'est une nourriture essentielle pour pouvoir être bon à Paris. " Son efficacité, il refuse d'ailleurs de la mesurer au compteur des amendements. Peu importe d'en déposer des centaines, dit-il, s'ils ne servent à rien. Il revendique une méthode plus sélective et une satisfaction presque artisanale à débloquer des situations. " J'aime bien les petites victoires politiques. Je suis assez opiniâtre dans mon job. Je ne lâche jamais. " Lorsqu'on lui demande trois résultats à retenir de ces dernières années pour la Haute-Savoie, les réponses viennent rapidement : le dossier du chômage des travailleurs frontaliers, l'évolution des règles autour de la compétence eau et assainissement des communes et le travail engagé sur les installations illicites des gens du voyage. Sur ce dernier sujet, il reconnaît pourtant que la partie est loin d'être terminée.

Gens du voyage : " Le travail reste à faire "

Ancien maire lui-même confronté aux grands passages, Loïc Hervé parle ici moins en théoricien qu'en ancien élu municipal. Il dit être régulièrement sollicité par des maires haut-savoyards démunis face à certaines installations. Son texte doit notamment permettre d'accélérer les procédures ou encore de travailler à une réponse à l'échelle départementale. Mais l'Assemblée nationale doit encore se prononcer. Peut-il garantir une adoption avant la prochaine présidentielle ? Non. " Ce que je peux garantir, c'est que je ferai tout pour qu'il aboutisse. " Il assure avoir multiplié les contacts jusqu'au sommet de l'État pour que le texte poursuive son parcours parlementaire. Pour lui, la pression locale est devenue trop importante pour que le sujet reste sans réponse politique. Et cette idée de pression revient quelques minutes plus tard. Mais cette fois, elle dépasse largement le dossier des gens du voyage.

" On est en train de fabriquer des travailleurs pauvres "

Lorsqu'on lui demande quels devraient être les grands combats de la Haute-Savoie dans les prochaines années, Loïc Hervé n'évoque pas d'abord les stations de ski, le tourisme ou l'attractivité du département. Il parle des habitants qui n'arrivent plus à suivre. " Aujourd'hui, on est en train de fabriquer des pauvres et des travailleurs pauvres en Haute-Savoie. " Dans un département riche sur le papier, le constat est sévère. Le coût de la vie grimpe, le logement devient inaccessible pour certains salariés et la proximité avec la Suisse aspire une partie du marché de l'emploi. Le sénateur pointe notamment la concurrence toujours plus forte entre les entreprises françaises et les salaires proposés de l'autre côté de la frontière. Puis vient la mobilité. " On est en retard dans le ferroviaire et dans les transports en commun. " Mais derrière ces sujets, Loïc Hervé voit quelque chose de plus large : un modèle territorial qui commence à atteindre ses limites. " Je crois que le département est en surchauffe. L'attractivité, c'est très bien, mais il faut pouvoir l'assumer. " La formule résume sans doute le mieux son diagnostic. La Haute-Savoie continue de gagner des habitants, des emplois, des entreprises. Mais logements, routes, transports et services publics ne suivent pas toujours au même rythme. " Il ne faut pas que la Haute-Savoie devienne invivable. "

Avec l'Albanais, une histoire aussi personnelle

Lorsqu'on lui rappelle que son parcours reste très identifié à Marnaz et à la vallée de l'Arve, la réponse prend soudain un tour plus personnel. Loïc Hervé sourit et évoque ses attaches familiales. Ses beaux-parents vivent à Thusy. " Je suis Albanais de cœur. " Il dit venir régulièrement dans le secteur, dans sa vie privée comme dans son activité de sénateur. Mais il voit surtout un lien très concret entre la vallée de l'Arve et le bassin de Rumilly : l'industrie. Deux territoires façonnés par les ateliers, les entreprises familiales, les usines et les emplois de production. " C'est une des raisons pour lesquelles je viens régulièrement à Rumilly. Ce sont souvent des questions industrielles. " Pour lui, cette économie productive constitue une richesse à défendre, à Rumilly comme dans la vallée de l'Arve, à Faverges ou ailleurs dans le département.

Rumilly, une ville " qui mérite d'être soutenue "

Rumilly occupe d'ailleurs une place particulière dans son discours. Loïc Hervé connaît les différents maires qui s'y sont succédé et dit avoir travaillé avec eux. Lorsqu'il parle de la ville, il insiste sur son identité ouvrière. Une ville industrielle, mais aussi une ville où les problématiques de sécurité et de pouvoir d'achat se font sentir plus fortement que dans certaines communes plus aisées du département. " C'est une commune qui mérite d'être soutenue parce que sa population n'est pas aussi riche que la population haut-savoyarde en général. " Derrière la formule, le sénateur défend l'idée que les villes moyennes industrielles ne peuvent pas être regardées avec les mêmes lunettes que les secteurs les plus prospères du Genevois ou du bassin annécien. Maintenir les commerces, soutenir les entreprises, accompagner les transformations du centre-ville : pour lui, Rumilly appartient à ces territoires qui ont besoin de davantage d'attention publique.

Joël Mugnier, la voix rurale de l'équipe

Assis à ses côtés, le maire de Thusy connaît déjà l'exercice. Il était présent lors de la précédente campagne sénatoriale. Pourquoi Loïc Hervé l'a-t-il choisi de nouveau ? La première réponse fuse, presque désarmante. " Parce que je l'aime beaucoup. " Puis le politique revient. Joël Mugnier est artisan, maire d'une petite commune rurale et élu de l'Albanais. Un profil que Loïc Hervé juge complémentaire du sien. Mais après six années passées à travailler ensemble, la relation dépasse désormais la simple composition d'une liste électorale. " On a fait vivre notre équipe pendant six ans. " Les membres se connaissent, échangent, parfois ne sont pas d'accord. Et c'est justement ce que Loïc Hervé dit rechercher : une équipe capable de travailler ensemble sans devoir penser exactement la même chose. " Il faut aimer les gens quand on fait de la politique. Sinon, on passe à côté de l'exercice. " Sur ce point, dit-il, Joël Mugnier et lui partagent le même ADN. Le maire de Thusy confirme, à sa manière. Sans étiquette, il n'aurait pas accepté de devoir entrer dans un parti. Ce qui l'a convaincu ? La promesse de rester libre. " Ce terme "libre et indépendant", ça me va très bien. " Dans l'équipe, il assume également une fonction très simple : faire remonter les préoccupations du terrain et, en sens inverse, transmettre aux élus locaux les informations venues du Sénat. Pas uniquement dans l'Albanais. La campagne lui a aussi permis de parcourir d'autres secteurs de Haute-Savoie, d'écouter d'autres maires, d'autres difficultés. Une expérience qu'il décrit comme " très enrichissante ". Et lorsqu'on lui demande si le Joël Mugnier qui accompagne un vice-président du Sénat est différent de celui qui siège à Thusy ou à l'intercommunalité, la réponse ressemble au personnage : " Je ne change pas. Les gens savent ce que je pense et je ne prends personne pour dire ce que je pense. "

Expérience contre renouvellement

La liste de Loïc Hervé compte plusieurs visages déjà présents six ans plus tôt. Pas vraiment le symbole d'un renouvellement spectaculaire. Le sénateur assume. Il veut autour de lui des élus qui connaissent les communes, leurs budgets, leurs contraintes et les difficultés rencontrées par un maire lorsqu'il débute son mandat. Il défend aussi un équilibre entre communes urbaines, périurbaines et rurales. Dans cette construction, Joël Mugnier représente clairement cette dernière catégorie. Une petite commune agricole de l'Albanais face à Annecy, Annemasse ou aux secteurs périurbains. Le sénateur revendique également une équipe politiquement diverse, quoique située dans une sensibilité modérée : certains membres appartiennent à des formations politiques, d'autres restent sans étiquette. Mais il insiste davantage sur deux mots : " libres et indépendants ".

Le poids de Paris, les pieds en Haute-Savoie

Reste une question que Loïc Hervé entend forcément sur le terrain : à quoi sert vraiment un vice-président du Sénat à un habitant de Haute-Savoie ? Sa réponse est très concrète. Le titre, assure-t-il, ouvre des portes. Des ministres, des dirigeants de grandes entreprises nationales, des responsables d'institutions qu'un élu local aurait davantage de mal à atteindre. Et à chaque rencontre, promet-il, il parle du département. " Une demande de rendez-vous d'un vice-président du Sénat auprès d'un PDG national ou d'un ministre, ça va beaucoup plus vite. " C'est là-dessus qu'il veut être jugé : sa capacité à utiliser le poids accumulé à Paris pour faire avancer des dossiers locaux. À quelques jours du scrutin sénatorial, il reste pourtant prudent sur l'issue du vote. Il dit sentir un accueil favorable lors de sa tournée des communes, mais connaît les particularités d'un scrutin où le secret du vote des grands électeurs laisse toujours une part d'incertitude. Alors, un dernier message à ceux qui déposeront leur bulletin ? Pas de consigne. " Qu'ils fassent le meilleur choix. Je respecte trop la démocratie pour leur dire ce qu'ils doivent faire. " Après douze ans au Sénat, Loïc Hervé ne promet donc pas de réinventer son mandat. Il défend plutôt la continuité : davantage de poids à Paris, mais sans couper le fil avec le terrain. Dans une Haute-Savoie qu'il juge désormais " en surchauffe ", c'est probablement là que se jouera aussi la crédibilité d'un éventuel troisième mandat : prouver que les portes qui s'ouvrent dans les ministères peuvent encore changer quelque chose, jusque dans les rues de Rumilly ou sur les routes de Thusy.

Pourquoi l'avons-nous rencontré ?

À quelques jours des élections sénatoriales, L'Hebdo des Savoie a choisi de prendre le temps d'échanger avec Loïc Hervé. Le sénateur sortant connaît notre journal, suit son travail et nous a toujours témoigné de l'intérêt pour notre traitement de l'actualité locale. Mais ce n'est pas la raison principale de cet entretien. Notre choix est d'abord celui d'un journal profondément ancré dans l'Albanais. Parmi les listes annoncées pour ces sénatoriales, celle conduite par Loïc Hervé est, à notre connaissance, la seule à compter dans ses rangs un élu directement issu de notre territoire : Joël Mugnier, maire de Thusy et élu de Rumilly Terre de Savoie. Sa présence nous a donné l'occasion de poser une question qui dépasse largement les seules considérations électorales : à quoi sert réellement un sénateur pour nos communes et pour leurs habitants ? Et comment les préoccupations d'un territoire comme l'Albanais peuvent-elles remonter jusqu'au Palais du Luxembourg ? Cet entretien ne vaut évidemment ni soutien ni consigne de vote. Il répond à un choix éditorial : celui de regarder cette élection nationale depuis notre territoire et à travers ceux qui le représentent.

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Hebdo des Savoie

www.hebdo-des-savoie.fr

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