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L’atelier Robert Ramel ouvre les portes d’une vie de création

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Pascal et Christian Ramel accompagnent les étudiantes en master patrimoine et histoire.

Pascal et Christian Ramel accompagnent les étudiantes en master patrimoine et histoire. - Photo : Ducret Stéphane

À l'occasion des Journées européennes du patrimoine, les portes de l'atelier du sculpteur Robert Ramel se sont ouvertes au public, rue du Mont-Blanc à Rumilly.

Bien plus qu'une exposition, la visite offre une plongée dans l'univers d'un homme qui a passé sa vie à donner une forme au bois, à la pierre, au bronze ou encore à l'albâtre. Et dont les œuvres font aujourd'hui partie du paysage rumillien.

Il suffit de franchir la porte pour comprendre que l'on n'entre pas tout à fait dans un musée. Ici, les œuvres ne semblent pas avoir été simplement disposées pour être regardées. Elles habitent encore les lieux. Certaines sont imposantes, d'autres tiennent presque dans la main. Des visages apparaissent dans la matière, des corps se devinent, des silhouettes s'enlacent. Plus loin, des maquettes racontent des projets devenus, pour certains, des sculptures monumentales. Pendant les Journées européennes du patrimoine, l'atelier de Robert Ramel, au 8 rue du Mont-Blanc, a exceptionnellement ouvert ses portes. La visite était accompagnée par trois étudiantes du master " Patrimoine et musées " de l'Université Savoie Mont Blanc, qui travaillent depuis plus d'un an sur l'œuvre du sculpteur.

Un artiste que les Rumilliens connaissent parfois sans le savoir

Robert Ramel est partout à Rumilly. Ou presque. Des générations d'habitants sont passées devant ses créations sans nécessairement mettre un nom sur celui qui les avait imaginées. L'école maternelle du Champ du Comte, le centre hospitalier Gabriel-Déplante, le lycée Porte des Alpes, l'Hôtel de Ville ou encore l'église Sainte-Agathe portent ainsi son empreinte. À l'église, il a notamment réalisé l'autel. Au lycée Porte des Alpes, une œuvre en pierre dorée lui avait été commandée dès 1969 dans le cadre du " 1 % artistique ". C'est peut-être l'un des intérêts les plus forts de cette visite : mettre enfin un visage et une histoire derrière des œuvres qui appartiennent depuis des décennies au décor quotidien de la ville. Car avant d'être un sculpteur reconnu, Robert Ramel est d'abord un enfant du territoire.

Né en 1929 à Moye, dans une famille d'agriculteurs, il dessine beaucoup et découvre très jeune le plaisir de tailler la matière. Alors qu'il garde le troupeau familial, il sculpte déjà des bâtons. En 1944, à seulement 15 ans, il devient apprenti chez un tourneur sur bois rumillien. Il y découvre notamment la gouge, l'un des outils qui accompagnera ensuite son parcours artistique. Quelques années plus tard, il suit des cours de dessin à Annecy avant de s'installer comme tourneur sur bois à Rumilly en 1953.

Du bois à l'albâtre, une curiosité sans limite

Dans l'atelier, cette histoire se raconte d'abord par les matières.

Le bois, évidemment, occupe une place particulière. Il traverse toute l'œuvre de Robert Ramel. L'une de ses créations emblématiques, Hamadryade, est ainsi sculptée en 1953 dans le tronc d'un poirier mort. Mais le sculpteur ne s'est jamais enfermé dans un seul matériau.

Pierre, granit, albâtre, bronze, fer, verre... Robert Ramel expérimente, cherche, change d'échelle. À côté des sculptures apparaissent aussi des dessins, des portraits et de nombreuses maquettes. L'ensemble permet de mesurer l'étendue d'une production qui s'est poursuivie pendant plusieurs décennies.

La visite est aussi l'occasion de s'arrêter devant des œuvres plus intimes. Chez Robert Ramel, les formes peuvent être puissantes, parfois presque massives, mais elles parlent souvent de l'humain : le couple, la maternité, la tendresse, le conflit, la naissance ou la solitude. Les Stances de la vie résument sans doute particulièrement cette recherche. L'ensemble évoque notamment la tendresse, la concertation, la caresse, la dispute et la naissance. Une manière de raconter une existence non par les mots, mais par les corps et la matière. Cette œuvre lui vaut en 1974 une médaille d'or au Grand Prix international de peinture et sculpture de l'Union artistique franco-européenne à Juan-les-Pins.

Un atelier resté vivant

Robert Ramel s'installe dans cet atelier rumillien en 1972. Il y travaille, mais il y présente également ses créations. Après sa disparition, le 28 septembre 1997, son épouse Odette continue à faire découvrir les lieux et l'œuvre de son mari pendant de longues années, jusqu'en 2023. C'est ce qui donne aujourd'hui à l'endroit une dimension particulière. On ne découvre pas seulement les sculptures d'un artiste. On entre dans le lieu où elles ont été pensées et façonnées. Les petites maquettes côtoient les pièces plus abouties et permettent d'imaginer le chemin parcouru entre une idée, un dessin, un morceau de matière brute et l'œuvre terminée. Robert Ramel savait aussi changer radicalement d'échelle. Meilleur Ouvrier de France en 1966, récompensé à plusieurs reprises au cours de sa carrière, il pouvait passer d'un travail minutieux à des œuvres monumentales, travaillant aussi bien avec des outils traditionnels qu'avec des moyens beaucoup plus imposants.

Une visite qui prend aujourd'hui une saveur particulière

Ces Journées du patrimoine avaient enfin quelque chose de singulier. Car une partie du fonds de l'atelier s'apprête à connaître une nouvelle vie. Le 28 septembre, exactement vingt-neuf ans après la disparition du sculpteur, une partie de ses œuvres doit être proposée aux enchères à Rumilly. Bois, pierre, bronze, fer, verre, dessins et maquettes figurent parmi les pièces conservées dans l'atelier ; la famille indique qu'il y reste encore plus d'une centaine d'œuvres.

Alors, pendant quelques heures, ouvrir cette porte au public avait presque valeur de passage de témoin. On en ressort avec un autre regard sur Robert Ramel, mais peut-être aussi sur Rumilly. Parce qu'après avoir visité son atelier, certaines sculptures devant lesquelles on passait jusque-là sans vraiment les voir ne sont plus tout à fait anonymes. Elles ont désormais une histoire, des mains qui les ont façonnées et un nom derrière elles.

Robert Ramel. Un sculpteur dont l'atelier raconte encore, près de trente ans après sa disparition, une vie entière passée à faire parler la matière.

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