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« Il faut beaucoup de courage pour pousser une porte de gendarmerie. Mais si je l’ai fait, tout le monde peut y arriver »

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"Si j'avais lu un livre comme celui-ci lorsque j'étais jeune, cela m'aurait sûrement aidée" peut-on lire sur la quatrième de couverture du livre témoignage de Nathalie 

"Si j'avais lu un livre comme celui-ci lorsque j'étais jeune, cela m'aurait sûrement aidée" peut-on lire sur la quatrième de couverture du livre témoignage de Nathalie  - Photo : Claire Castelar

L'association "Osez parler" a été créée par Nathalie Loubry en juillet 2025 pour aider les victimes de violences sexuelles et morales à sortir du silence et à se reconstruire. Enfants, adolescents et adultes y sont accueillis, écoutés et accompagnés avec bienveillance.

"Osez parler, les mots peuvent sauver". Cette phrase, Nathalie Loubry la répète telle une maxime essentielle à la vie de toutes les victimes de violences sexuelles et morales. Lancer une association dédiée à la libération de la parole et à la prévention autour des blessures intérieures et des silences imposés était "une évidence" pour celle qui a elle-même été victime d'inceste durant l'enfance.

"Osez parler, les mots peuvent sauver"

Femme comblée de 51 ans qui sourit à la vie, Nathalie est la preuve même qu'on peut s'en sortir. Depuis qu'elle a osé parler, osé porter plainte, cette mère de deux garçons de 30 et 13 ans et grand-mère d'un petit bonhomme de 7 ans, respire la joie de vivre à pleins poumons et veut tout donner pour que chaque victime qu'elle rencontre puisse se reconstruire grâce aux mots panseurs de maux. Agressée sexuellement de ses 8 à ses 13 ans par son beau-père, elle a longtemps vécu dans le silence, avec ce secret enfoui, jusqu'en 2001 où elle a trouvé la force de porter plainte. "Il y a eu un procès aux Assises en 2005, et mon agresseur a été condamné". Son histoire, Nathalie l'a ensuite racontée en 2021 dans un livre témoignage, "La petite fille et son secret" sous le pseudonyme de Maddy Linah.

Protéger les victimes, briser les silences et transformer la douleur en force

Pour la fondatrice de "Osez parler", libérer la parole permet de "protéger les victimes, briser les silences et transformer la douleur en force" mais aussi "d'avancer dans sa vie et d'être libre". Écoute, accompagnement, prévention et sensibilisation sont les maîtres mots de l'association qui accueille des enfants, des adolescents et des adultes victimes mais aussi des parents qui ont besoin d'être guidés, conseillés."J'ai énormément d'appels. Mes permanences du lundi se remplissent vite, des gens se déplacent des quatre coins du département et même au-delà. Certains viennent à mon bureau à la Maison des associations, d'autres préfèrent qu'on se voie à l'extérieur. Je rencontre du monde toute la semaine".Les victimes et proches de victimes qu'elle reçoit, elle leur raconte son histoire, sans tabous, leur permet de raconter la leur etles accompagne tout le temps nécessaire, jusqu'au bout pour ceux qui osent porter plainte. "Je les encourage, suis de tout cœur à leurs côtés, mais jamais je ne les forcerai à le faire". Selon elle,porter plainte est une décision personnelle que ce soit suite à un déclic ou à un cheminement. "Il faut beaucoup de courage pour pousser une porte de gendarmerie. Mais si je l'ai fait, tout le monde peut y arriver".

"Aujourd'hui, en France, toutes les 3 minutes un enfant est agressé sexuellement "

"Parler, c'est déjà guérir. Prévenir, c'est protéger". Ancienne commerçante, Nathalie se consacre à 100% à son association. Elle mène diverses actions de prévention dans les établissements scolaires (écoles, collèges, lycées) mais aussi au sein de clubs sportifs, d'entreprises, et anime des conférences dans divers lieux et évènements. Elle souligne l'importance de sensibiliser toutes les générations et ce dès le plus jeune âge, que ce soit les enfants, les parents, les proches et aussi les professionnels. "Il y a des signes qui ne trompent pas mais beaucoup sont démunis, n'ont pas les clés pour les déceler. Ils ne peuvent pas forcément deviner des choses que j'ai cachées enfant, que d'autres enfants cachent. Ce n'est pas toujours derrière les enfants les plus tristes qu'il y a les pires choses. Personnellement, j'étais une enfant très joyeuse. Souvent, on enfile une armure pour faire croire que tout va bien. Mais il ne faut pas vivre avec une armure, il ne faut pas vivre avec ces secrets-là qui sont des secrets poisons". La prévention est son principal cheval de bataille. "Plus la parole se libèrera, plus on pourra aider plein de monde. Il faut savoir qu'aujourd'hui en en France, toutes les 3 minutes un enfant est agressé sexuellement".

"C'est important de donner de l'espoir, de dire aux victimes qu'on peut s'en sortir"

"C'est important de donner de l'espoir, de dire aux victimes qu'on peut s'en sortir. Car oui, la vie peut être belle même après avoir vécu ça. Il y a des enfants qui s'en sortent et j'en fais partie". Nathalie, femme battante, souriante, aimante, est l'exemple même de la résilience et son rêve le plus cher est que toutes les victimes puissent embarquer vers cette destination salvatrice et accessible, quels que soient les mauvais départs que la vie a pu infliger. L'écriture a longtemps été son refuge secret, grâce à son journal intime, avant de devenir un témoignage public grâce à son livre qui a été un déclencheur d'espoir pour de nombreuses personnes. "J'ai beaucoup de témoignages, très touchants, de gens que je connais, d'autres que ne connais pas, et tous me disent que mon livre les a aidés à se sentir moins seuls et surtout à vouloir se libérer".

Le combat de Nathalie se poursuit pour toutes les autres victimes

Nathalie a été invitée à témoigner dans diverses émissions télé, radio et web dans sa région mais aussi au niveau national comme le média vidéo "period.studio". Son objectif est de devenir conférencière à travers toute la France. Elle projette également l'écriture d'un deuxième livre. "Aujourd'hui je vais très bien, je suis merveilleusement entourée, j'ai énormément de soutiens et l'association a de plus en plus d'adhérents dont des commerçants d'Aix-les-Bains". Guidée par sa propre victoire, elle continue le combat pour toutes les autres victimes et se bat pour que chaque guérison, personnelle, devienne une victoire collective.

L'association "Osez parler" a été créée pour briser le silence, libérer la parole, grâce à un espace d'écoute, d'accompagnement et de prévention. - Photo : Claire Castelar
L'association "Osez parler" a été créée pour briser le silence, libérer la parole, grâce à un espace d'écoute, d'accompagnement et de prévention. - Photo : Claire Castelar
Nathalie Loubry est soutenue sans relâche par Sabrina René, de la galerie Exit. - Photo : Claire Castelar
Nathalie Loubry est soutenue sans relâche par Sabrina René, de la galerie Exit. - Photo : Claire Castelar
"J'ai huit ans, je crois qu'il va devenir mon papa et m'aimer. Mon rêve devient un cauchemar" - DR
"J'ai huit ans, je crois qu'il va devenir mon papa et m'aimer. Mon rêve devient un cauchemar" - DR

Infos, contacts et n° d'urgence :

Permanences tous les lundis matin de 9h à 12h à la Maison des associations.

Tel :  06 10 18 91 29 / mail : osezparler73@gmail.com / Facebook : Osez parler

N° d'urgence :119 Enfance en danger / 17 Police et Gendarmerie .

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