Ernest Luguet honoré à Aix-les-Bains

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La plaque

La plaque " Place Ernest-Luguet " dévoilée par le maire Renaud Beretti devant la Maison des arts et de la jeunesse. - ©DR

Samedi 27 décembre, la Ville d'Aix-les-Bains a inauguré la place Ernest-Luguet, située devant la Maison des jeunes et de la culture et au pied du conservatoire.

Une cérémonie marquée par un hommage musical du pianiste Pascal Gallet, saluant la mémoire d'un compositeur savoyard longtemps resté dans l'ombre.

Samedi 27 décembre, à 15 heures, une soixantaine de personnes s'est réunie sur le parvis de la Maison des jeunes et de la culture d'Aix-les-Bains pour honorer la mémoire d'Ernest Luguet, figure majeure mais discrète du patrimoine musical des Pays de Savoie.
L'année 2025 aura véritablement été celle des hommages rendus à ce compositeur, quarante ans après sa disparition. Le 5 avril dernier déjà, la salle des fêtes de Saint-Pierre-de-Curtille, sa commune natale, avait été rebaptisée en son honneur. Mais pourquoi un tel regain d'intérêt pour celui que la presse de la fin de sa vie surnommait " l'ermite de Pomboz " ?

Un compositeur reconnu de son vivant, puis oublié

Décédé en septembre 1985, sans descendance, Ernest Luguet était peu à peu tombé dans l'oubli. On se souvenait surtout de lui comme cofondateur de la Compagnie du Sarto, tandis que seules quelques manifestations isolées en Chautagne faisaient encore entendre certaines de ses œuvres d'inspiration locale - chansons, poèmes ou pièces de théâtre.
Pourtant, Ernest Luguet fut avant tout un compositeur reconnu par les plus grands chefs d'orchestre de son époque. De Georges Lauweryns, qui créa ses grandes œuvres symphoniques et lyriques au Théâtre du Casino d'Aix-les-Bains, à André Cluytens, qui les dirigea à Lyon ou à Paris, son talent était alors salué bien au-delà de la Savoie.

Né en octobre 1897 dans une famille paysanne, Ernest Luguet reçoit ses premiers enseignements musicaux au collège libre de Rumilly. Il commence à composer dès l'âge de 11 ans, avant de perfectionner son art à l'École normale de musique de Paris, où il suit notamment les cours de Nadia Boulanger.
Surnommé le " Mozart paysan " par la presse des années 1940, celui qui vécut une grande partie de sa vie au château de Pomboz, à Saint-Pierre-de-Curtille, n'a jamais cherché la célébrité. Attaché à son terroir, il préféra la vie savoyarde aux mondanités parisiennes, allant jusqu'à ne jamais publier ses œuvres sur disque.

Pascal Gallet, artisan de la redécouverte

Il aura fallu toute la persévérance du pianiste concertiste Pascal Gallet pour faire renaître cette musique oubliée. Après quatre années de travail intensif, un premier album consacré à l'œuvre pour piano d'Ernest Luguet est paru en 2024, marquant le point de départ d'une intégrale annoncée pour fin 2026.

" Après avoir reçu le prix Béatrice-de-Savoie, je voulais rendre hommage à mon département de naissance et de cœur ", explique le virtuose et pédagogue.
" Mon maître Yvonne Loriod - l'épouse d'Olivier Messiaen - m'a confié une grande mission : un musicien doit servir la musique, et non se servir de la musique pour faire carrière. La découverte des partitions d'Ernest Luguet, pour la plupart manuscrites, a été une expérience singulière. Au début, j'ai peiné à appréhender cette musique, et pour cause : aucun musicologue n'avait jamais décrypté son œuvre. Je suis clairement parti de zéro, déchiffrant note après note. Aujourd'hui, je peux affirmer que les Pays de Savoie ont donné à la France un grand compositeur. "

En plus de deux récitals hommage - le 6 octobre 2024 au Théâtre du Casino Grand Cercle d'Aix-les-Bains et le 7 juin 2025 dans la cour du château de Pomboz - Pascal Gallet a fait résonner la musique de Luguet au fil de ses tournées internationales. Corée du Sud, Albanie, Taïwan, Togo, et surtout Chine, où il a enchaîné les salles combles en octobre dernier, avant un retour annoncé au printemps prochain. Une tournée en Amérique du Sud est également prévue pour octobre 2026.

Une inauguration placée sous le signe de l'émotion

Invité par la Ville d'Aix-les-Bains pour offrir un moment suspendu au public venu assister à l'inauguration de la place Ernest-Luguet, le musicien savoyard le plus renommé à l'international a livré une prestation de très haute tenue. Sur le piano Bösendorfer grand queue de l'auditorium du conservatoire de musique et d'art dramatique, il a redonné, avec émotion, ses lettres de noblesse au seul grand compositeur classique des Pays de Savoie.

La date du 27 décembre revêtait d'ailleurs une résonance toute particulière. Cinq ans jour pour jour auparavant, en pleine pandémie de Covid-19, Pascal Gallet déambulait dans le centre-ville d'Aix-les-Bains avec un piano, déguisé en Père Noël et tiré par des chevaux. Alors que presque toutes les animations de fin d'année avaient été annulées, l'enfant du pays avait souhaité offrir aux Aixois une parenthèse musicale enchantée, allant jusqu'à dédier un nocturne de Chopin à un sans-abri.

Jusqu'alors, à Aix-les-Bains, sept rues, une avenue et une impasse portaient le nom d'un compositeur ou d'une compositrice. En inscrivant désormais le nom d'Ernest Luguet devant la MJC et au pied du conservatoire, la Ville confie symboliquement cet héritage culturel savoyard aux jeunes générations.

Pour prolonger cet hommage, plusieurs conférences en accès libre et gratuit seront proposées : dimanche 11 janvier à 17 heures à la galerie Le Pont des Z'Arts à Seyssel (Haute-Savoie), vendredi 23 janvier à 19 heures au château de Pomboz à Saint-Pierre-de-Curtille et samedi 24 janvier à 14h30 à la mairie d'Andilly.

Pascal Gallet au piano Bösendorfer de l'auditorium du conservatoire. - ©DR
Pascal Gallet au piano Bösendorfer de l'auditorium du conservatoire. - ©DR
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